L’œuf de Tanglemhor

cover-3334Lors de mes explorations au sein des auteurs autoédités, il m’est arrivé de rencontrer des perles. Ce roman de Azaël Jhelil est l’une d’elles. Le semi-lacertys, issu des régions barbares du sud du continent, a entamé la fondation d’un empire en conquérant de façon particulièrement violente les États hautement civilisés de l’est. Comme d’habitude, il justifie ses exactions par un prétexte fallacieux, en l’occurrence la revanche des opprimés par ces richissimes sociétés. Toutes les nations capitulent les unes après les autres. Seule ne résiste que la Marche de Manatie. Les armées du paladin tiennent en effet en échec les légions de morts-vivants de l’empereur. Finalement, une attaque en traître jettera la princesse de la marche sur les routes. Et alors que la marche finira par tomber, elle rassemblera un groupe d’aventuriers autour d’elle pour mener une quête visant à détruire la source du pouvoir de l’empereur, un objet magique capable d’invoquer les démons : l’œuf de Tanglemhor.

Les personnages.

Oriana : la princesse de la marche. C’est l’héroïne de l’histoire. Elle cristallise autour d’elle tous les actes des personnages de l’histoire. Elle veut sauver son père et libérer son pays, quels qu’en soient les risques.

L’ombre : connu sous plusieurs noms, c’est un voleur extrêmement habile. Le seul à avoir réussi à s’introduire dans la forteresse noire et en ressortir vivant. Il ne se considère pas comme un voleur, mais comme un professeur de philosophie, donneur de leçons aux individus riches et cupides.

L’empereur Krûl : c’est un semi-lacertys, hybride d’humain et d’homme lézard. Son but est de conquérir le monde et d’y instaurer le culte du dieu de la douleur. Sa puissance provient d’un bijou magique capable d’invoquer les démons : l’œuf de Tanglemhor.

Les personnages sont une force de ce roman. Le personnage principal est une héroïne n’est ni une femme clone à l’identique d’un personnage masculin (sauf qu’elle a des seins) ni une demoiselle en détresse. Enfin si, elle est en détresse, mais elle n’attend pas tranquillement que le prince charmant vienne la sauver. En fait, ça serait même plutôt le contraire. Les autres personnages sont bien caractérisés avec leur personnalité, ils ne sont pas interchangeables comme c’est souvent le cas.

Le monde.

Il est surprenant par sa richesse. Plusieurs races y coexistent. Les humains n’y ont qu’une composante. Mais on trouve aussi des orcs, des trolls, des ogres, des fées, et bien sûr des lacertys, qu’ils soient entiers ou semi. On peut regretter que les particularités de ces différentes races ne soient pas détaillées. Par exemple, ceux qui n’ont jamais joué à des jeux de rôles (comme moi) ignorent que les trolls se régénèrent et ne comprennent pas immédiatement le pourquoi de certaines actions. Un rappel de cette particularité aurait été le bienvenu.

La géographie également est extrêmement fournie. L’auteur a créé plusieurs aires culturelles avec chacune leurs particularités bien que l’ensemble puise ses inspirations dans le moyen-âge, notamment avec une marche féodale et des cités marchandes qui rappellent les Républiques italiennes.

La grande force de l’auteur est d’avoir évité le manichéisme fréquent en fantasy : orc méchant, elfes bons, humains ça dépend. Les orcs sont des villageois qui ne veulent rien de plus qu’élever pacifiquement leurs enfants et ne se battent que contraints et un justicier célèbre s’avère être un ogre.

Le scénario.

Ni simpliste, ni trop complexe, il est suffisamment élaboré pour rendre l’histoire intéressante tout en évitant de perdre le lecteur. On apprend assez tard qu’il s’agit d’une quête, toutefois le fil conducteur est présent dès le début et sert de guide dans cette histoire. Naturellement, ce roman est un tome 1, et il n’est pas possible d’avoir une vue d’ensemble de l’histoire à seule lecture. Cependant, plusieurs pistes ouvertes dans le cours du roman et inexploitées laissent présager une suite aussi riche. Une particularité est que l’auteur n’a pas peur d’éliminer des personnages que l’on considérait comme fondamentaux à l’histoire ce qui renforce le suspense de chaque action : rien ne dit que les héros s’en sortiront indemnes. L’histoire peut donc prendre à tout moment une direction imprévisible et donc renforce l’intérêt. Enfin, si ce livre est une quête, il échappe aux poncifs du genre qui veulent que le héros soit un garçon de ferme qui ignore son ascendance prestigieuse et seul capable de sauver le monde à son corps défendant. Ici l’héroïne est d’origine noble, elle ne fait l’objet d’aucune prophétie et rien n’indique qu’elle seule peut sauver le monde. Elle est juste la première à tenter quelque chose.

Le style.

Ce roman bénéficie d’un vocabulaire riche et précis qui rend l’histoire facile à suivre sans tomber dans la simplicité narrative. Les parties narratives et discursives sont bien équilibrées, les descriptions sont loin d’être lourdes tout en permettant de se faire une idée du milieu. On arrive à vraiment entrer dans l’histoire, à bien s’y immerger, donc à en profiter.

Mon avis.

Étant grand lecteur de fantasy, j’ai pu constater que les bons romans sont légion, mais les exceptionnels sont très rares. Et là, nous avons à coup sûr affaire à l’un d’eux. Il y a dans cette histoire un souffle épique que je n’avais pas rencontré depuis des années. L’histoire est suffisamment riche pour être intéressante sans multiplier les personnages et les trames parallèles. On sent que l’auteur a joué à des jeux de rôles, on retrouve cette passion dans ce livre. Ce groupe d’explorateurs comprenant une princesse, un voleur, un prêtre, un être féérique, un ogre et un spadassin qui se lancent dans une quête pour trouver un artefact magique ne laisse aucun doute. Il y a des précédents : « Pangée » d’Alain Paris ou plus récemment « Les chroniques de Krondor » de Raymond E. Feist sont basés sur des univers de jeu de rôle. Ce roman-ci atteint, voire surpasse Krondor (plombé par quelques longueurs). D’ailleurs, il pourrait sembler inspiré en partie par ce premier livre. Mais les précédents ne manquent pas dans l’histoire. Des conquérants barbares qui conquièrent un peuple civilisé est quelque chose de malheureusement trop fréquent.

Vous avez certainement compris que j’ai adoré ce livre et que malgré sa longueur (une partie importante est constituée d’annexes qui détaillent le monde), il est en fin de compte trop court. J’ai eu la chance de pouvoir le lire d’une traite sans interruption et je n’ai pas vu le temps passer. Il est à montrer en exemple à tous les détracteurs des autoédités, démonstration que la qualité n’est pas – comme ils veulent nous le faire croire – que la qualité n’est pas l’apanage des grandes maisons d’édition.

Vit ma hal !

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  • Titre : L’œuf de Tanglemhor
  • Série : Les secondes heures de Tanglemhor, tome 1
  • Auteur : Azaël Jhelil
  • Éditeur : autoédité.
  • Sortie : 24 mai 2019

 

5 commentaires sur “L’œuf de Tanglemhor

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