GDL : la guerre civile Française aura bien lieu

cover-3403Le problème avec les romans qui se situent dans un futur très proche, c’est que d’anticipation ils se transforment en uchronie. C’est ce qui s’est produit avec ce roman. Et vu l’avenir potentiel qu’il décrit, il est heureux que celui-ci ne se soit pas réalisé. Comme dans toute uchronie, il faut un point de départ, une divergence sur laquelle l’histoire bifurque. Plusieurs événements peuvent être mis à contribution. Ici, l’auteur a choisi de modifier le déroulement d’une bataille décisive. À Dabiq, l’État islamique a gagné la guerre et réussi à exporter le jihad dans le monde occidental. Les États-Unis, l’Espagne et l’Italie sont en pleine guerre civile, les premiers faisant de plus face à une révolte sécessionniste. L’Allemagne et la France sont encore calmes, mais les tensions confessionnelles se multiplient et risquent de faire à tout moment basculer le pays.

Dans ce contexte, le héros, Émile, va être recruté par une organisation gouvernementale dont le but est de stopper les extrémistes religieux et dont les méthodes sont pour le moins limites.

Les personnages.

Émile : c’est un jeune français ayant de lointaines racines maghrébines. C’est le héros de l’histoire que nous allons suivre pas à pas au sein de son enquête pour le GDL.

Étienne : il dirige une communauté d’extrémistes religieux d’obédience chrétienne dans le sud du Massif central.

Thérèse : jeune et jolie sœur d’Étienne. Elle tient un rôle important au sein de la communauté.

Lucie : c’est le seul personnage non humain de l’histoire. Il s’agit d’une intelligence artificielle ultra performante qui sera le seul lien d’Émile avec le monde extérieur pendant sa plongée dans au sein de l’extrémisme.

Le scénario.

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est riche. Riche en actions, et en rebondissements. Et les thèmes qu’il aborde sont particulièrement nombreux. Dès le début, il nous met dans l’ambiance. L’histoire débute par un attentat dont Étienne est la victime. Il s’en sort miraculeusement, mais sa famille et ses amis y restent. Le contexte est posé, la France n’est pas en état de guerre civile, mais presque. À partir de là, l’auteur nous entraîne dans une folie toute bessionnienne avec heureusement quelques scènes qui permettent de se reposer l’esprit. Très vite, on comprend que le GDL n’est pas cet organisme pur et salvateur sur lequel la population compte pour se sauver : les victimes collatérales ne comptent pas, le mensonge y est érigé en dogme. En comparaison, la CIA est une bande de boys scouts sympathique. Et en fin de compte, ses méthodes ne sont pas différentes de celles des extrémistes qu’il combat, seule sa finalité compte. Assez vite, le héros découvre que l’un des buts du GDL est de sauver la république en déclenchant la guerre civile pour pousser les extrémistes à s’entretuer. Le bain de sang que cela déclenchera n’entrant pas en compte dans leurs actions.

Le style.

S’il s’agit d’un premier roman, bravo. Le style est parfaitement maîtrisé, fluide, facile à lire et transmet toutes les informations nécessaires. L’auteur ne se perd pas en descriptions inutiles et pourtant arrive à situer correctement les actions. L’ambiance des différents lieux est parfaitement restituée, on vit l’action avec le personnage. Les actions ne sont pas parachutées et quand elles semblent l’être, on a l’explication plus tard.

Les personnages sont bien dessinés, avec chacun leur caractère, leurs différences, sans être monolithiques. Le personnage de Thérèse semble avoir été particulièrement soigné, avec son contraste fort entre son caractère fragile et angélique et ses idées réactionnaires.

Les thèmes.

Ce roman extrêmement bien documenté aborde plusieurs thèmes.

Pour commencer, il explore en profondeur les extrémismes religieux et en particulier celle de l’extrême droite chrétienne. L’auteur nous en décrit le fonctionnement, les dogmes, les rites aussi. Il en montre aussi le danger : vouloir reconstituer la France mythique de l’entre-deux-guerres ne peut se faire que par l’élimination de ce qui l’en éloigne, que ce soit les étrangers immigrés, les politiciens corrompus ou les industriels cupides. Paradoxalement, ces groupes qui se réclament du passé et d’un retour aux sources n’hésitent pas à recourir aux techniques les plus modernes pour faire passer leurs idées. Ils utilisent internet pour faire leur propagande, se financent par internet, utilisent les armes les plus modernes. Leur second paradoxe est que pour purifier le pays et le rendre aux Français, ils n’hésitent pas à recourir à des étrangers. Il évoque aussi le fanatisme qui peut transformer une personne douce en véritable tueur sanguinaire.

Le deuxième thème abordé c’est celui des services secrets. Il expose leurs méthodes. Ça pue, c’est sale. Le GDL n’hésite pas à éliminer ses propres agents si cela permet de faire avancer la mission. Elle y évoque un milieu où la vie humaine n’a aucune valeur, seul l’objectif compte. Le service utilise des méthodes contestables comme déclencher une guerre confessionnelle ou laisser une attaque se perpétrer contre l’Élysée de façon a paniquer le président et le rendre plus ouvert à ses idées ou encore éliminer tout un village, femmes et enfants compris, pour détruire une base arrière de terroristes.

Ce roman aborde aussi le problème du transhumanisme. Il explore les possibilités offertes par les modifications de l’être humain, la fusion de l’homme avec la machine. Grâce à certaines améliorations, Émile va pouvoir devenir au besoin une véritable machine à tuer qui sème les cadavres derrière lui comme le Petit Poucet les miettes de pain.

Enfin, dernier thème fort du roman, l’intelligence artificielle. Lucie, dans cette histoire constitue le seul élément stable de l’univers d’Émile. Très vite elle devient sa confidente et lui permet de ne pas devenir fou. De son côté, Lucie change progressivement, elle s’améliore. Et même si elle demeure une machine on sent qu’elle se rapproche de l’être humain. D’ailleurs, confronté à tous ces personnages fanatisés, on peut se demander si Lucie ne serait pas le seul personnage véritablement humain de l’histoire.

Mon avis.

J’ai accepté ce roman en partie à cause de son titre étrange : « la guerre civile française aura bien lieu », référence à la pièce de théâtre : « La guerre de Troie n’aura pas lieu ». Et dès la première page, j’ai été happé. L’auteur possède une façon de nous placer au plus près des pensées de ses personnages qui nous fait vivre l’histoire presque comme un protagoniste. Le scénario nous amène à des endroits le plus souvent imprévisibles et à plusieurs reprises, j’ai été surpris du déroulement. Les rebondissements multiples ont maintenu mon intérêt perpétuellement éveillé. J’ai adoré lire ce livre.

 

Liens.

« GDL » sur Babelio
« GDL » sur Booknode
« GDL » sur Livraddict

« GDL » sur Amazon

Fiche technique

  • Titre : GDL : La guerre civile française aura bien lieu
  • Auteur : Lawrence Singlclear
  • Éditeur : autoédité
  • Date de sortie : 7 juin 2019
  • ISBN : 9782955736715

 

 

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